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La Réunion : l’île métissée

Streetart – La Réunion  – Jace

Située en plein Océan Indien, l’île de la Réunion, qu’on a autrefois appelée l’île Mascarin, l’île Bourbon ou l’île Bonaparte, accueille depuis 3 siècles et demi une population aux origines diverses. Peuplée tardivement en raison de son éloignement des côtes africaines et indiennes, ce territoire est dès ses débuts un carrefour multiculturel. Malgaches, Européens, Indiens, ou encore Chinois, l’île de la Réunion est le berceau d’une population « arc-en-ciel ».

Anobla AKA

« J’ai des origines d’un peu partout dans le monde. Ma maman vient d’une famille mi kaf (africaine) mi malbar (indienne). Mon père est métis yab (européen), kaf et malbar. », Aurélie, réunionnaise de 26 ans.

Pour ma part, j’ai des origines asiatiques de mon grand-père et bretonnes par ma grand-mère qui est une z’oreil (métropolitaine).”, Gaëlle, réunionnaise de 31 ans.

« Mes grands-parents ainsi que mes parents sont nés à la Réunion. Mais mes arrières grands-parents du côté de mon père viennent d’Afrique et du côté de ma mère de Chine. Il y a tellement de brassage sur notre île qu’on ne sait plus trop d’où on vient au final ! En tout cas, il n’y a pas de souche pure réunionnaise… », Kemix, réunionnais de 22 ans.

Originaires de partout et d’ailleurs, chrétien ou musulman, descendants d’esclaves ou/et de colons européens, Aurélie, Gaëlle et Kemix ont une chose en commun : une île et son Histoire. Une terre qui accueille depuis plus de 3 siècles toutes les populations et religions du monde.

Retour en arrière !

L’île de la Réunion vue du ciel - IRT- Serge Gélabert

L’île de la Réunion vue du ciel – IRT- Serge Gélabert

L’Histoire d’une île inhabitée…

C’est sur une terre sauvage, vierge et volcanique que commence, au milieu du XVIIe siècle, le peuplement de l’île. D’une superficie de 2 512 m², la Réunion est située dans l’archipel des Mascareignes (du nom du navigateur portugais Pedro de Mascarenhas) entre Madagascar, l’île de Maurice et l’île Rodrigues. S’il existe des preuves du passage des arabes et de visiteurs portugais sur l’île au début du XVIe siècle, la colonisation du territoire sera très tardive. A la conquête du monde, les européens ont le regard tourné vers les Amériques aux XVe et XVI siècles. Plus proches et plus faciles d’accès que l’océan Indien, les colonies occidentales accordent peu d’intérêt au morceau de terre sauvage qu’est l’île de la Réunion. C’est en tout cas ce que souligne l’historien Marcel Leguen :

« L’île Bourbon, comme on allait ainsi la nommer, n’intéressait pas. On préférait […] la route du Mozambique à la route des îles pour se rendre aux Indes, et les quelques hardis navigateurs qui se risquaient en plein océan, ou qui s’y perdaient, faisaient halte de préférence à Maurice, qui disposait de deux ports naturels, plutôt qu’à Bourbon, qui n’en comptait aucun. »

Ni les Hollandais, ni les Anglais, ni les Portugais ne cherchent à s’approprier l’île. Les récits des navigateurs y ayant fait escale sont toutefois élogieux. On parle d’une île paradisiaque et saine, riches en ressources. C’est seulement en 1642, qu’un Français du nom de Salomon Joubert, prend possession de la zone au nom du roi de France Louis XIII. L’île est alors appelée « l’île Mascarin » puis « l’île Bourbon ».

Le peuplement de l’île 

Les premiers occupants de l’île Mascarin sont des malgaches, ou plus précisément, des esclaves rebels envoyés en exil par les autorités françaises installées à Fort-Dauphin à Madagascar. Lorsqu’ils sont rapatriés, les français constatent avec stupeur leur bon état de santé. « Quand les colons de Madagascar mouraient de maladie, à Bourbon, les exilés étaient en pleine santé. » On commence alors à projeter une installation sur ce territoire tant boudé par l’Homme. C’est en 1663 que l’île Bourbon voit arriver ses premiers habitants : deux français et dix serviteurs de Madagascar dont trois femmes. L’Histoire raconte qu’elles seront les mères des premiers descendants de l’île : des enfants métisses et malgaches !

L’arrivée de ces hommes et de ces femmes marquent le début d’un peuplement qui se caractérise dès le départ par un métissage.

Famille esclave à Bourbon : gravure de Moreau le Jeune, 1772.

Famille esclave à Bourbon : gravure de Moreau le Jeune, 1772.

La France cherche ensuite à développer la culture du café et de la canne à sucre. Pour cela, elle a besoin de main d’œuvre. Des esclaves embarqués depuis la côte ouest de l’Afrique, de l’île de Madagascar ou des îles des Comores sont amenés sur l’île. Des esclaves Tamouls ou Bengalis sont également déposés en petit nombre sur la route du retour des Indes. Si en 1704 il y en a près de 300, en 1804, c’est plus de 50 000 esclaves d’origines diverses qui peuplent le territoire.

Quelques années avant l’abolition de l’esclavage en 1848, l’administration coloniale lance une politique d’engagisme. Elle vise à inciter les travailleurs extérieurs à la colonie à venir travailler dans les grandes plantations via un contrat de travail renouvelable. La plupart de ces engagés dits « libres » fuient de mauvaises conditions de vie dans leur pays d’origine. L’île connaît alors l’arrivée des premiers chinois et d’un nombre important d’indiens hindous et musulmans originaires de la côte Malabar dans le sud de l’Inde (Malbars en créole) et de l’État de Gujarat à l’ouest. Cette immigration encouragée sera plus ou moins continue jusqu’au milieu du XXe siècle. Elle perpétue le brassage des peuples, des cultures et des religions qui caractérise l’île.

Les ancêtres asiatiques de Kemix et de Gaëlle ainsi que les lointains aïeuls indiens et africains d’Aurélie ont certainement fait partie de ces esclaves ou immigrés “engagés” de l’époque. Les réunionnais d’origine chinoise et indienne représenteraient respectivement aujourd’hui 5 % et 25% de la population.

La Réunion aujourd’hui

Forte de son histoire, aujourd’hui, à la Réunion, on prie le Christ, Allah, Shiva, des saints et de nombreuses autres divinités. Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Gilles ou encore Sainte-Anne, si la plupart des noms des villes témoignent de la présence du catholicisme sur l’île, il n’est toutefois pas rare de trouver une église à côté d’un temple hindouiste ou d’une pagode chinoise, lieu de culte bouddhiste.

Véritable kaléidoscope de cultes et de religions, la Réunion est un lieu où on célèbre toute l’année les traditions venues du monde entier. Parmi elles, la fête de Piandalé, qui sont des marches sur le feu qui glorifient la pureté de la déesse hindoue Piandalé. Le Cavadee, une fête de dix jours hauts en couleur en l’honneur du dieu tamoul Mourouga. L’Aïd el-Fitr qui fête la fin du mois du Ramadan chez les musulmans. Le dipavali, une des plus importantes fêtes tamoules qui célèbre Latchimi, déesse de la Lumière et de la Prospérité.

Fête du Dipavali - Saint André 2015- IRT - Lionel Ghighi www.reunion.fr

Fête du Dipavali – Saint André 2015- IRT – Lionel Ghighi www.reunion.fr

Ou encore, la “Fet Kaf”, jour férié à la Réunion, qui commémore l’abolition de l’esclavage établit le 20 décembre 1848. Ce jour mobilise les quatre coins de l’île pour célébrer en musique la liberté, l’Histoire et l’identité réunionnaise. C’est notamment une journée qui met en avant le Maloya ; une musique, des chants et des danses métissées dès l’origine, issues de la douleur et de la révolte des esclaves malgaches et africains dans les plantations sucrières de la Réunion.

Danse Sega/Maloya - Tantines La Kour - https://www.youtube.com/watch?v=9ZnsDohOnBk

Danse Sega/Maloya – Tantines La Kour – https://www.youtube.com/watch?v=9ZnsDohOnBk

Avec le Sega, autre genre musical emblématique de l’île, le Maloya est au cœur de la culture de la Réunion. Il figure depuis 2009 dans la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité certifiée par l’UNESCO.

Créole réunionnais, une langue unificatrice

En plus de la musique et de la danse, la diversité de la Réunion trouve son point de convergence dans une langue commune parlée par tous : le créole réunionnais. Par définition, le créole naît d’un contact entre la langue du colon et celles des esclaves. Le créole de la Réunion a pour origine la variété des cultures qui se sont côtoyées depuis le peuplement de l’île. Mélange de français, de langues africaines, de tamoul ou encore d’indo-portugais, le créole est parlé par la majorité de la population avec des spécificités de prononciation selon les endroits. On parle par exemple d’un créole des hauts et d’un créole des bas.

Extrait de la bande dessinée Tirbuce de Téhem

Extrait de la bande dessinée Tirbuce de Téhem

Longtemps considéré comme une langue vulgaire et méprisée par les Institutions, le créole réunionnais était interdit d’enseignement jusqu’en 1960. Il retrouve aujourd’hui petit à petit sa place dans la société. Il est officiellement reconnu comme langue régionale depuis 2000 et est enseigné en option à l’école. “Koz kreol” (“Parler créole”) est une manière d’affirmer et de préserver le patrimoine oral qui cimente l’identité réunionnaise.

La Réunion est un lieu où la diversité est une force, où langue créole et métissage font partie d’une identité commune. C’est une mosaïque de peuples qui ne font qu’un et qui cohabitent aujourd’hui avec harmonie et tolérance…

Pour en savoir plus sur l’île de la Réunion :

Ouvrages

Pour en savoir plus sur le créole réunionnais :

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